Institut d'Ostéopathie de Rennes-Bretagne
Campus de Kerlann
35170 Bruz
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Dix ans pour faire une place à la recherche dans la formation en ostéopathie

Depuis l’arrivée de Mathieu Ménard en 2016, l’école a progressivement développé ses projets de recherche, ses collaborations universitaires et les liens entre recherche et formation. Retour sur dix années de construction collective et sur les perspectives qui se dessinent pour la suite.

 

Lorsqu’il rejoint l’école en 2016, Mathieu Ménard vient d’obtenir un doctorat en biomécanique. Ostéopathe de formation, il souhaite alors exercer une activité qui lui permette de maintenir un lien entre la recherche universitaire et l’ostéopathie. Dix ans plus tard, il est directeur de la recherche et des relations extérieures à l’Institut d’Ostéopathie de Rennes Bretagne. Son parcours accompagne une évolution plus large : celle de la place de la recherche au sein de l’établissement.
Au fil des années, les projets se sont développés, les collaborations se sont multipliées et plusieurs enseignants ont entrepris des formations universitaires. Un ancien étudiant de l’école a également poursuivi son parcours jusqu’au doctorat. Derrière ces évolutions se dessine une histoire collective, faite de convictions, de rencontres, d’expérimentations et d’un travail mené dans la durée.

Une ambition qui précède l’arrivée de Mathieu

 

L’histoire commence quelques années avant le recrutement de Mathieu Ménard. Dès 2012, Marylène Bourgin, ostéopathe diplômée, fondatrice et directrice générale de l’école, souhaite renforcer la reconnaissance scientifique de l’ostéopathie, « mon objectif principal était de faire reconnaître mon métier et faire reconnaître l’ostéopathie dans le milieu scientifique. »

 

Pour concrétiser cette ambition, elle prend contact avec le laboratoire M2S et l’Université Rennes 2. Il faudra environ deux ans pour faire aboutir les démarches et signer une convention de partenariat. Une fois cet accord établi, une question demeure : comment faire vivre concrètement ce rapprochement entre l’école et le monde universitaire ?

 

« Je n’ai pas ouvert le poste parce qu’il n’y avait pas de profil. J’attendais qu’une personne se présente pour pouvoir activer ce partenariat avec l’université. »

 

Cette personne se présente en 2016, lorsque Mathieu Ménard adresse spontanément sa candidature à l’établissement. Pour Marylène Bourgin, la rencontre arrive au bon moment. Pour Mathieu, c'est le début d’une nouvelle aventure professionnelle.

 

Mathieu Ménard et Marylène Bourgin, lors de la cérémonie des 15 ans de l'IO-RB en 2025. Photo : Guillaume Ayer 

 

Poser les premières fondations

 

À son arrivée, le partenariat avec l’université existe déjà, mais les travaux de recherche menés conjointement restent à développer, « la feuille était blanche », résume Mathieu.

 

Son poste repose alors sur une articulation entre deux environnements : une partie de son temps est consacrée à la recherche au sein du laboratoire universitaire, l’autre à l’enseignement dans l’école. L’objectif est de créer des passerelles entre ces deux univers, en faisant circuler les connaissances, les méthodes et les projets. Il faut progressivement définir des axes de recherche cohérents avec les compétences de l’établissement, lancer les premiers travaux et structurer un enseignement de la recherche adapté aux étudiants.

 

En parallèle, Mathieu encadre les mémoires de fin d’études et participe à l’évolution de la maquette pédagogique. Il s’agit notamment d’accompagner les étudiants à découvrir les méthodes scientifiques et à comprendre comment les mobiliser dans leur future pratique professionnelle.

 

Cette première période est donc celle de la mise en place. Il faut trouver un équilibre entre les activités de recherche, les enseignements et les besoins de formation, tout en rapprochant deux environnements qui ont leurs propres objectifs et modes de fonctionnement.

 

Faire de la recherche un outil au service de la formation

 

Une conviction prend progressivement forme : la recherche ne doit pas rester confinée au laboratoire. Elle doit aussi contribuer à la formation des futurs ostéopathes.

 

« Nous veillons à proposer une initiation à la recherche qui soit la plus pertinente possible, afin que les étudiants puissent faire évoluer leur pratique en se questionnant et en recherchant des informations dans la littérature scientifique. »

 

Au fil des années, la maquette pédagogique évolue. De nouveaux ateliers sont mis en place, certaines approches sont ajustées et d’autres abandonnées. L’équipe expérimente différentes méthodes, tire les enseignements de ses essais et adapte progressivement les dispositifs de formation.

 

« Au début, on a essayé différentes choses, avec des résultats plus ou moins concluants. »

 

Ces ajustements contribuent à intégrer progressivement la recherche dans le cursus. L’objectif n’est pas seulement de transmettre des connaissances méthodologiques, mais aussi d’encourager les étudiants à évaluer les informations, à examiner les données disponibles et à développer leur esprit critique. La recherche devient ainsi un moyen de nourrir la réflexion professionnelle et d’accompagner les étudiants dans leur apprentissage.

 

Un projet doctoral, une nouvelle étape

 

Une étape importante est franchie lorsqu’un projet doctoral porté par une ostéopathe, Agathe Bilhaut, obtient un financement universitaire. Mathieu Ménard devient alors co-encadrant de thèse. L’établissement participe aussi au financement des derniers mois des travaux.

 

« On a une part active dans le financement de la recherche », souligne Marylène Bourgin.

 

Ce premier doctorat agit comme un accélérateur. D’autres projets suivent, de nouvelles collaborations se nouent et le réseau de partenaires s'élargit progressivement.

 

« Un projet en a amené un autre », résume Mathieu Ménard.

 

Une formule qui reflète assez fidèlement ces dix dernières années : pas de grand bouleversement, mais une progression régulière, construite pas à pas, grâce aux rencontres, aux collaborations et à l'expérience acquise au fil des projets.

 

Présentation d'Agathe Bilhaut, doctorante au laboratoire M2S entre 2020 et 2024 lors du congrès de la Société Française d'Etude et de Traitement de la Douleur (SFETD) à Saint Malo (France).

 

 

Une dynamique qui devient collective

 

Au fil du temps, la recherche ne repose plus uniquement sur Mathieu Ménard. Plusieurs coordinateurs pédagogiques et enseignants de l’école entreprennent des formations universitaires de niveau master. Certains développent leurs propres projets, publient leurs travaux ou participent à des collaborations avec des partenaires académiques. Pour Mathieu, cette évolution montre l’intérêt croissant que les enseignants et les étudiants portent à la recherche.

 

« Au fil des années, les projets de recherche ont trouvé leur place dans la vie de l’institut. Je pense que les enseignants et les étudiants y ont vu un intérêt concret, ce qui a contribué à faire évoluer progressivement notre culture de la recherche. »

 

Le nombre de personnes impliquées augmente progressivement, favorisant l’émergence de nouvelles initiatives. Cette dynamique contribue également à rapprocher la recherche des enseignements : les enseignants peuvent s’appuyer sur leurs connaissances scientifiques et, pour certains, sur leur expérience de recherche pour enrichir leurs cours.

 

Parallèlement, les collaborations avec des chercheurs et des établissements étrangers se développent. Ces échanges participent à l’ouverture internationale de l’école et offrent de nouvelles possibilités de coopération.

 

La recherche s’inscrit ainsi de plus en plus dans un projet collectif, auquel contribuent les enseignants, les étudiants, la direction et les partenaires universitaires.

 

Hakim Mhadbhi, ostéopathe diplômé, enseignant, responsable de la clinique et coordinateur des mobilités internationales au sein de l'IO-RBavec Mathieu Ménard en 2023 à la Convention Internationale en Ostéopathie à Londres. 

 

Quand la recherche ouvre de nouvelles perspectives

 

Le parcours de Léo Denouël, diplômé de l'école et aujourd'hui engagé dans un doctorat, illustre lui aussi l'évolution engagée depuis dix ans. Pour Mathieu Ménard, voir un ancien étudiant poursuivre dans la recherche représente une étape particulièrement symbolique.

 

« On participe aussi aujourd'hui à la formation en doctorat d’un étudiant qu’on a nous-mêmes formé. »

 

Au-delà de ce parcours individuel, cet exemple montre que la formation peut éveiller un intérêt pour la recherche et donner envie aux étudiants de poursuivre dans le monde universitaire. Une perspective qui ne s’imposait pas au lancement des premières initiatives.

 

Léo Denouël au sein du laboratoire M2S avec Olivier Roze, médecin anesthésiste-réanimateur et Président du Conseil Scientifique de l'IO-RB. 

 

Le temps, une condition du développement

 

Le temps est une notion qui revient souvent lorsque Mathieu Ménard et Marylène Bourgin évoquent ces dix dernières années. Construire des partenariats, lancer des projets, accompagner des étudiants ou développer des collaborations internationales demande de la patience et une certaine liberté d'action.

 

Mathieu attribue une part importante du chemin parcouru à la confiance accordée dès son arrivée : « Je suis reconnaissant envers la direction et l'établissement de m’avoir laissé le temps de développer ce projet. Je pense qu’on n’en serait pas là sans ce pari : laisser du temps à quelqu’un qui ne savait pas encore quoi écrire sur la feuille blanche. »

 

Marylène Bourgin revendique pleinement ce choix : « Mon travail, c'était de mettre en place les conditions nécessaires pour que ça réussisse. »

 

Dix ans plus tard, elle porte un regard très positif sur le chemin parcouru :  « Mon bilan est au-delà de mes espérances. »

 

Cette rétrospective met en évidence un aspect essentiel du développement de la recherche : celui-ci dépend non seulement des compétences scientifiques et des projets engagés, mais aussi des choix organisationnels, d’une vision à long terme et de la possibilité donnée aux personnes impliquées de construire progressivement leur travail.

 

Séminaire inter-écoles organisé dans le cadre du développement des actions de collaboration internationale en présence d'étudiants et d'enseignants. 

 

Construire les dix prochaines années

 

Ni Mathieu Ménard ni Marylène Bourgin ne considèrent pourtant cette histoire comme achevée. Les ambitions portent désormais sur le développement de projets de recherche de plus grande ampleur, l'obtention de nouveaux financements, le renforcement des collaborations internationales et l'accompagnement de futurs doctorants.

 

Pour Marylène, la prochaine étape consiste à gagner encore en autonomie dans le pilotage et le financement des projets de recherche. Pour Mathieu, l'enjeu est également de continuer à faire évoluer les pratiques pédagogiques afin de maintenir une formation en phase avec les connaissances et les recommandations les plus récentes.

 

Dix ans après son arrivée, la situation n'a plus grand-chose à voir avec celle qu'il a connue à ses débuts. Ce qui n'était alors qu'une feuille blanche est devenu un projet structuré, porté collectivement par des enseignants, des étudiants et des partenaires académiques.

 

Et si cette première décennie a permis de poser des fondations solides, elle a surtout ouvert la voie à la suivante.


Contenu extrait du site https://www.osteo-rennes.fr/